Jordan IV History

Jordan IV History

Confirmer. C’est certainement la chose la plus dure à faire dans le sport. Répéter le succès, garder son titre de champion, les plus grands vous le diront, encore et encore : le second titre, la seconde médaille est souvent la plus difficile à obtenir, même si on connait le chemin pour y arriver.

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Lorsque Michael Jordan et son designer attitré Tinker Hatfield se sont penchés sur la table de dessin pour élaborer en 1988 la suite de la ligne dénommée « Air Jordan », la pression est énorme. Le dernier modèle, la III, est un succès sans précédent, et on parle déjà de révolution. Révolution technologique, mais aussi et  surtout culturelle. Charles Barkley a déclaré récemment : « avant l’arrivée de Mike, personne ne trouvait les chaussures de basketball cools. Nous avions une paire pour l’année, elle était souvent moche, mais qui s’en souciait ? Et avec ce jeune gars de Caroline du Nord, les kids se ruent sur les vitrines des shops, veulent leurs Air Jordan, je les vois en prendre soin comme d’une belle paire de chaussures italiennes… ». C’est bien le cas. La Jordan III était très rattachée à la personnalité de MJ, entre l’Elephant Print, les premières publicités de Spike Lee / Mars Blackmon, et le fameux Slam Dunk Contest de 1988 (entre autres).

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Pas facile d’enchainer, mais Hatfield pris le parti (et le pari) de ne pas opérer de changement majeur et d’apporter juste quelques avancées technologiques : la bulle d’air reste, la forme triangulaire et le mid cut aussi, le jumpman est sur la languette (avec le mot « Flight »), le Nike Air sur le talon, le col est tout aussi confortable. Voilà pour les points communs, éléments clés de la III utilisés comme base de sa grande sœur.

Tinker Hatfield se souvient : « que faut-il faire pour une suite ? C’est parfois encore plus difficile après un tel succès. Avec la Jordan IV, je voulais aller plus loin dans l’innovation et la performance, exactement ce que faisait Michael sur un terrain ». Parlons-en du terrain, justement. Tout au long de la saison 1988-89, Jordan passe 40.2 minutes par match sur le parquet (nombre le plus élevé de la NBA). Il en profite pour coller 32.5 points en moyenne par match (reléguant la concurrence à plus de 3 points derrière), à un pourcentage fou de 53.8 % de réussite. Pour couronner le tout, il prend 8 rebonds et distribue 8 passes en moyenne. Oui, 32.5 points, 8 rebonds et 8 passes, pour sa cinquième saison. Un joueur plus complet, ayant décidé d’impliquer ses coéquipiers, et la Jordan IV était parfaite pour cela. Eviter les distractions et aller droit vers le but ultime : le titre NBA. Jordan joue le meilleur basket de sa vie, devient papa pour la première fois, alors au lieu de s’inspirer de voitures de sport, de mettre du beau cuir italien ou de penser à un imprimé animal, Hatfield part à la chasse à la performance.

Un des buts majeurs lors de la création du modèle était d’alléger la chaussure, d’où l’idée de ce qui s’appellera le over-molded mesh, ce matériau en quadrillage plastique qui apparait moins cheap que le mesh habituel, et qui couvrira trois faces de la IV. Une maquette du pied du maitre a été fournie aux ingénieurs de Nike pour y déceler les points sensibles, et y placer les renforts nécessaires pour sécuriser, et améliorer le confort. Le maintien sera assuré par les formes triangulaires et percées de neuf trous juste au-dessus du laçage, pour verrouiller les chevilles. « La chaussure est un moyen de dire que Mike retourne au boulot », confirme Tinker Hatfield, « et est conçue pour que chaque partie soit utile, et ajouter deux trois choses jamais vues auparavant ».

Dans le superbe livre Driven From Within, Jordan déclare : « bien sûr j’étais intéressé par le style et le look de la chaussure, et je voulais que tout le monde puisse y voir ma vie, mais j’avais surtout besoin qu’elle fonctionne sur le parquet. Le mot d’ordre était la performance d’abord. »

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La Jordan IV a débuté sa carrière en 1989 dans quatre coloris différents : white/cement grey, black/cement grey, military blue et white/red/black. Prix de départ ? 110 $. Et curieusement ce ne fut pas un hit dès le départ, peut être à cause d’une petite ressemblance avec la III, ou parce que la paire était trop en avance sur son temps… Il fallait donc démontrer ce qu’on pouvait faire avec. Et pour ça, celui que l’on n’appelait pas encore The G.O.A.T n’allait pas se faire prier. Le 12 février 1989 au All Star Game de Houston : 28 points et 5 steals dans le coloris white/red/black. Le 16 février suivant : 50 points contre les Bucks de Milwaukee dans les white/cement. Du 28 mars au 16 avril, Jordan est inarrêtable : 10 triple doubles (dont 7 consécutifs). Mais il manque un petit quelque chose, un moment légendaire. Patience…

Après une saison régulière à 47 victoires pour 35 défaites, les Bulls se retrouvent au premier tour de playoffs contre les Cavaliers de Cleveland (oui oui il y a eu une vie à Cleveland avant Lebron James). Tous les observateurs parient sur une victoire facile de Cleveland qui était un vrai contender à cette époque dans la Conférence Est. Sur les quatre premiers matchs de la série, jouée au meilleur des cinq, Jordan marque 31, 30, 44 et 50 points. Egalité parfaite 2-2 et match décisif dans l’Ohio. La partie est serrée de bout en bout, et avec trois secondes à jouer, Cleveland est devant 100-99. Remise en jeu par le pivot de Chicago Brad Sellers pour Jordan qui se défait de Larry Nance, se fait suivre par Craig Ehlo qui le défend comme un chien (il deviendra l’une des victimes préférées de sa Majesté), pose deux grands dribbles vers sa gauche, s’élève… et reste en l’air une éternité, avant de décocher le shoot au buzzer. Swish. Jubilation.

Le pivot star des Cavs, Brad Daugherty, dira après le mach : « je ne sais pas comment il a rentré ce shoot, ni comment il a pu rester en l’air aussi longtemps ». L’image fera le tour du monde. Craig Ehlo qui s’effondre, Jordan qui célèbre la victoire en lançant son poing avant de se faire submerger par ses coéquipiers. Ainsi naquit « The Shot ». En Jordan IV. Pour l’anecdote, Jordan Brand ressortira en 2012 un coloris dénommé « Cavs » (black/orange/blue) en hommage à ce shoot légendaire. Porté à de nombreuses reprises cette année là par un joueur des Knicks de New York (dénommé Jared Jeffries), ce modèle a pour beaucoup été considéré comme des IV Knicks. 
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The rest is history : les Bulls perdront en finales de conférence contre les bad boys des Detroit Pistons, futurs champions cette année là. Mais la Jordan IV avait gagné ses lauriers. Il ne lui restait plus qu’à découvrir sa gloire.

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Pendant que MJ atomisait une à une les équipes NBA qui se mettaient sur son chemin, le réalisateur Spike Lee continuait de donner de sa personne pour Nike. Son personnage Mars Blackmon sera mis en scène tout au long de la saison dans des pubs autour de Mike (dont la fameuse « You can buy these, you can’t do that »), toujours en noir et blanc, et toujours aussi drôles. Mais Spike travaillait surtout sur un de ses projet majeur : un long métrage dénomme Do The Right Thing, qui sortira en 1989 et deviendra instantanément un monument de street culture, et une oeuvre culte pour tout sneakerhead. Le film, qui met en scène les relations entre diverses communautés en plein été dans le quartier de Bedford Stuyvesand à Brooklyn, va offrir à la Jordan IV une scène d’anthologie de près de trois minutes.

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Un personnage nommé Buggin’Out (superbement campé par Giancarlo Esposito), en pleine discussion avec sa bande, se fait rouler sur le pied par un cycliste blanc portant un tshirt de Larry Bird (ennemi juré de la communauté afro américaine dans les 80s qui lui préférait le glamour et le showtime de Magic Johnson). La marque laissée par le pneu du vélo sur ses IV white cement est nette et dramatique. « Hey Yo !! You stepped on my brand new white Air Jordans that I just bought ! » hurle Buggin, hystérique. Ses potes sont sidérés. L’un d’eux, joué par le jeune Martin Lawrence, le chauffe : « Yo man your Jordans are fucked up ! You might as well throw them shit out. Them shits is broke ! ». La scène est hilarante, et déjà représentative de la Jordan comme un objet convoité, signe de réussite sociale, et objet de luxe.

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Voici donc la Jordan IV entrée dans une nouvelle dimension : celle de la street culture. Ressortie en mode Retro en 1999 puis plus récemment en 2012, elle s’arracha dans des temps records. Ce fut le premier vrai modèle Retro à avoir un réel succès commercial après l’échec de la 1 et de la III en 1994. Depuis, la IV fait régulièrement une apparition, qu’elle soit Thunder, Lightning, Cavs, Bred ou Green Glows. Gilbert Arenas des Orlando Magic les portera à de nombreuses reprises en 2011. Pour l’inauguration de la franchise des Brooklyn Nets, le All Star Joe Johnson jouera avec des IV Bred. Et on ne compte plus les artistes de la bulle hiphop ou autres qui ont pu la porter ces dernières années sur les scènes ou tapis rouge du monde entier.

Air Jordan 4 hornets Photo David Johnson

27 ans plus tard, celle que beaucoup considèrent comme l’une des Jordan les plus confortable qui soit fait son retour en version OG. White. Cement. Nike Air.

Les 4 White/Cement seront dispo chez Cornerstreet demain

The Right Thing.

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